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Loucherie du jour

Ohé ! Noé !

Il y a déjà fort longtemps, un phénomène surnaturel inonda la terre. L’on sait aujourd’hui qu’il était la conséquence d’une fâcherie divine. Depuis Adam, les hommes étant devenus tellement mauvais, Dieu, paraît-il décida d’exterminer toute forme de vie sur notre terre. Un seul homme juste fut épargné lorsque Dieu déclencha le déluge.

images

 En proie à une divine colère
Dieu ouvrit les vannes à ses pleurs
Il préférait tout, tout refaire
Ce fut le déluge en une heure

Il épargna le brave Noé
et quelques bêtes sur un bateau
En catastrophe, appareillé
Pour un monde qu’il voulait plus beau

Je ne sais pas comment cet homme
Put assurer la descendance
Ne partageant sa couche, en somme
Qu’avec des bêtes sans importance

Tenter l’acte de reproduction
Avec un boa, un rapace
à la rigueur, ce peut être bon
Mais c’est très mauvais pour la race 

Les 40 jours de pluie nous paraissent aujourd’hui inenvisageables… pourtant… Pensant être à l’abri d’un tel désastre, les boélands durent se rendre à l’évidence. Un nouveau déluge se manifestait aujourd’hui.  Un misérable petit virus le remplaça et certains croyants peuvent évoquer une nouvelle fâcherie divine sanctionnant notre société devenue irrespirable.

En proie à une nouvelle colère
Dieu sans attendre nous envoya 
Un messager délétère
Qui répond au nom corona

Pas d’orage, de typhon
Ou tremblement de terre
Juste un petit morpion
Invisible mais pervers

Cet être indésirable
S’insinue sans remord        
Sur les mains, sous la table
Dans une ambiance de mort

Et c’est à la maison
Que nous devons rester
Loin de la contagion
Heureux et confinés

Voilà la belle histoire
D’une société stupide
Privée du bel espoir
D’un avenir torride

Loucherie pour enfants

Rébus :
Mon premier est une note de la gamme
mon deuxième sert à écrire au tableau noir
mon troisième est la première lettre de l’alphabet
mon quatrième est une ville du Valais
Mon tout est attendu avec impatience                   mais pas maintenant !

Loucherie du jour

 

Excusez-moi, Madame, je voudrais vous dire un mot, juste un mot, un bon mot peut être et si j’osais, qui sait… un mot tendre.

Je le prononcerais du bout des lèvres, discrètement comme si je voulais le retenir par-devers moi et j’attendrais… je vous attendrais, vous qu’un mot transporte, vous à qui j’ai tant à dire.

Je vous demanderais de m’écouter, alors on s’entendrait bien, pour longtemps; les mots couleraient, des mots d’animaux sauvages, des noms d’étoiles filantes, de longs mots langoureux au parfum de cherimole, des mots sans fin, mais jamais, non, jamais le mot de la fin.

Alors le flot des mots formerait des phrases, puis des discours qu’il serait séant de comprendre à demi-mot.

Finalement, émergeant des méandres torturés d’un parcours sémantique obscur, tous ces mots ces phrases et ces discours iraient se jeter dans les océans de l’oubli pour amuser les poissons.

Parfois d’aucuns pêcheurs tenteraient d’extirper du ventre aquatique, quelques mots gisant par le fond de désuétude pour en arroser les phrases de conversations anodines, parfois même, certains seraient remis à la mode imbécile des perroquets de pacotille.

Et puis un jour, un poète mal inspiré ne trouvant plus aucun mot à étaler sur son papier d’alexandrins déciderait de les supprimer, tout simplement.

Plus de mots vides de sens, plus de gros mots, plus de mots qui dépassent la pensée… plus de mots à double sens, plus de dernier mot.

Ainsi le mot qu’on regrette d’avoir prononcé, le mot de trop, le mot qui blesse, le mot de Cambronne, ainsi plus de malentendus, plus d’ambiguïtés, plus d’antinomies, plus de dialogues de sourds… le calme, la sérénité, l’entente.

Encore sourdraient ça et là quelques non-dits sans importance… puis… excusez-moi, Madame, je crois qu’il ne resterait plus qu’un seul mot, le seul mot qui garantit la paix, un mot plus riche qu’un dictionnaire entier, un mot qui à lui tout seul est plus universel que les mots les plus recherchés du langage des savants, un mot qui se suffit à lui-même, un mot qui n’en appelle aucun autre, le dernier mot que je vous adresserais, Madame,  Silence.

Loucherie du jour

Certains ne lui vouent que mépris
D’autres les affres de la panique
On ne le voit ni l’ouï
Mais il guette, diabolique

Ce vecteur  pandémique
Assaillant sans remords
Sans gloire et sans éthique
Vous pénètre et mord

Monsieur, belle dame, les enfants
Au printemps, vous dansiez   
Et bien, morflez, maintenant
Jusqu’au bout de l’été

Les docteurs de la connaissance
Vous débitent vœux et conseils
Et doctes, étalent leur science
Au  détour de vos oreilles

L’ennemi en embuscade
N’attend que le bon moment
Pour porter l’embuscade
A ceux des imprudents

Voilà la triste histoire
D’un monde désorienté
En proie au désespoir
De se voir prisonnier

N’ayant comme seul horizon
Qu’un deux pièces sur la cour
Comme un mur de prison
Enfermés pour toujours

Plus de baisers, d’accolades
Dialogues jaculatoires
Finies les promenades
Et les discours d’espoir

Tout seuls à la maison
Comme le plus vil forçat
Le temps sera long, long
Car de sortir tu ne peux pas

Certains ne lui vouent que mépris
Eux sont les méprisables
D’autres tournent en rond dans leur nid
D’un printemps misérable