Les fabricants de voiles du 21ème siècle
Traduction libre d’un article de Brian Hancock
Durant de longues années, le fait d’acheter de nouvelles voiles pour votre bateau commençait par une visite chez le voilier le plus proche. Quelques heures de discussion quand à la coupe de la voile, il vous expliquait les vertus de nouveaux tissus et la manière de les coudre. Il vous livrait ensuite au printemps le travail achevé.
Ces jours sont maintenant malheureusement révolus. Les voiliers modernes s’en remettent à des industries du 21ème siècle. Ces usines chinoises, sri lankaises ou encore établies en Afrique du sud ont remplacé les ateliers locaux.
Les clients d’aujourd’hui ne sont pas ou peu intéressés par le lieu de fabrication de leurs voiles. Ils les veulent bien dessinées, coupées avec précision et solidement assemblées, tout ceci pour un prix raisonnable au mépris de l’industrie locale.
Dans les années passées, le nylon ou dacron représentaient la majorité des tissus employés pour confectionner des voiles, cependant ces fibres manquaient de stabilité et se déformaient rapidement. Après quelques temps déjà, vos voiles commençaient à donner des signes de vieillissement.
Tout cela a changé ! Vos voiles sont aujourd’hui fabriquées par de puissantes machines informatisées aux performances étonnantes ; pas de déformations ou altérations leur garantissent une meilleure longévité. Ajouté des formes dessinées avec précision par des coupeuses et collées, elles sont livrées presque parfaites.
Il n’est plus nécessaire aujourd’hui d’afficher de prestigieux noms tels que North ou Ullman pour offrir à vos clients des voiles magnifiques ; si vous disposez d’un petit local et refusez d’investir dans un outillage onéreux, vous pouvez vendre de belles voiles à votre logo.
Ainsi le jeu a changé, les clients d’aujourd’hui sont garantis de presque toujours obtenir de belles voiles pour un prix compétitif, belles mais nées d’ailleurs…
… Et 60 ans plus tôt …
André Guex a écrit :
Précautions à prendre en commandant une grand voile
Pour être efficace, une grand voile aurique ou marconi doit avoir une forme d’aile, du creux. La nature n’aime pas les droites, elle ne les connaît pas d’ailleurs; une voile plate engendre mille remous fâcheux. Le pic d’une voile aurique permet de travailler ce creux, de le régler à volonté, du moins dans une certaine mesure : Halant sur la drisse de pic on donne du creux, en la choquant, on aplatit la voile. Avec une voile marconi, on n’a pas la ressource du pic, le creux doit être donné par le maître voilier. Donc, commandez une voile avec du creux, avec beaucoup de creux, avec trop de creux, ainsi vous aurez une petite chance d’en avoir … juste assez. Il faudrait obtenir des maitres voiliers qu’ils l’établissent sur brise moyenne et qu’ensuite seulement ils coupent la base, la ralinguent et la livrent. C’est beaucoup demander et et ça coûterait cher.
Alors, il faut ruser un peu. Commandez une voile inachevée dont la base resterait pout l’instant trop étoffée et sans ralingue. Naviguez quelques jours avec votre voile en bordure libre et laissez là se faire ainsi.
… Le plus célèbre skipper de Suisse et l’un des plus connus d’Europe, L. Noverraz, voulant être certain d’avoir une voile assez creuse pour un 6m avec lequel il allait courir en Méditerranée, commanda à Ratsey une voile trop longue de guindant de chute. Après avoir fait poser des cosses nouvelles aux points définitifs, il navigua en bordure libre laissant flotter la base trop grande, traça la ligne de base assurant le meilleur creux, fit couper et ralinguer la base et … gagna.