Le grand largue vu par André Guex
Pendant des heures, au plus près. Un sifflement aigu et modulé vous a enveloppé, s’exaspérant à rencontrer la résistance des cables et des mâts. Pendant des heures, arrêté parfois sous le poids de la vague amoncelée, la carène a buté, puis s’est redressée pour repartir et courir, la lisse dans l’eau, folle d’embruns.
Pendant des heures, votre volonté et votre désir se sont tendus vers ce cap à doubler pour le louvoyage, vers cette bouée irrèelle, tremblotant sur l’horizon au point exact ou semble naître la brise.
A la seconde où vous passez, où vous pouvez passer, filer les écoutes et laisser courir, tout votre corps apprend ce que c’est que le largue.
Le largue après le louvoyage, c’est la bouffée d’air inondant les poumons du plongeur qui émerge. Et quand vous avez louvoyé contre le courant, le sentiment de renaître est plus fort encore. Larguer, c’est abandonner, lâcher, se laisser porter…
