Depuis La Tour-de-Peilz, Suisse, par Jacques Monnier. Tout sur la voile et les voiliers, les régates du lac, les événements véliques et les articles de la rédaction
Le vent Quand passe le sud-ouest, le lac ressemble à la mer. Les vagues lourdes roulent comme les anneaux d’un gigantesque reptile. L’air est doux, mouillé de pluie dans le ciel sombre où voyagent les nuées.
Remontant vers le nord-ouest dans l’axe du petit lac, il se renforce au passage de celui qui débouche dans le golfe de Coudrée, infléchit insensiblement sa route vers l’ouest et vient battre le haut lac, en lutte souvent, nous venons de le voir, avec la Vaudaire qui n’est qu’un autre visage de lui-même.
Pourquoi sommes-nous si bien sur un bateau et encore mieux dans l’eau ?
Lors de la vie intra-utérine (Le fœtus), l’être humain est alors dans des conditions qui le mettent presque entièrement à l’abri de toute excitation désagréable, il est dans un état de détente totale. Est-ce la mort ? Non. Est-ce la vie ? Pas tout à fait non plus. C’est peut-être l’état de satisfaction absolue que l’être humain ne retrouvera jamais plus sauf dans certaines formes de schizophrénie. La venue au monde met brutalement fin à cette béatitude. P. Flottes
C’est alors sur l’eau ou mieux dans l’eau que nous pouvons tenter de nous rapprocher de cet état de grâce. Avez-vous déjà remarqué les baigneurs dans les piscines chaudes… identiques à des hippopotames bien heureux !
Les pêcheurs ne l’aiment pas. Quand les nuages montent du sud-ouest ou que la plaine est engorgée d’orage, avant d’aller tendre leurs filets, ceux de la Tour épient à la jumelle la pointe du Rh
ône et la torsade noire et blanche qui annonce la chevauchée folle de ses moutons. Elle est déraisonnable et méchante. Ses vagues d’un vert éblouissant où joue la lumière n’ont pas le temps de trouver leur rythme qu’elles butent déjà contre la côte vaudoise à grands coups saccadés et brutaux tandis qu’au large les crêtes arrachées courent sur l’eau comme un duvet léger.
Débouchant de la plaine dans l’axe sud-est, nord-ouest, elle s’ouvre aussitôt en éventail vers Vevey qu’elle atteint de plein fouet, vers Cully qu’elle dépasse rarement et longe la côte de Savoie d’est en ouest à une vitesse de 20 à 30 m par seconde.
Une ou deux fois l’an, elle atteint Ouchy et Morges.
On appelle bise noire ou retour de Vaudaire un vent de mauvais temps soufflant vers le sud-ouest en rafales très brusques, pendant la saison froide et dans des périodes ou le régime normal est au sud-ouest. En décembre ou en janvier quand elle souffle, le lac fume car, à son contact, l’air glacé se condense et l’on peut voir courir le vent.
La bise Lorsque les grains s’affolent dans tous les sens, ombres fuyantes, rapides comme des truites ; Lorsque le vol lourd des corbeaux qui s’épuisent à regagner la terre : Lorsque le lac à cinq cents mètres du bord, est blanc d’écume et que les mouettes mènent leur jeu et glissent emportées sur les pentes de l’air. Lorsque les arbres se plaignent, puis se taisent puis recommencent à se plaindre. Lorsque les nuages se massent sur les crêtes de Mémise, remplissent le vallon de Novel et les combles de la Chaumeny, tandis que le ciel au nord reste d’un bleu profond et mat.
Lorsque les canards se tiennent le bec dans le vent et culent doucement, ancrés sur leurs pattes. Lorsque les tourbillons amoncellent les feuilles, les entassent puis les soulèvent de nouveau, les éparpillent puis les soulèvent à nouveau, les éparpillent et les emportent. Alors les gens du haut lac reconnaissent la bise.
Les jours à venir, nous vous présenterons les définitions des vents du lac Léman décrits par André Guex qui fut peut-être le plus grand amoureux de ce plan d’eau.
Les vents du lac
Le vent d’abord, puisque sans lui Prométhée n’aurait pas pu donner aux hommes le char aux ailes de lin. Pour mesurer sa force, les marins d’eau douce ont une échelle à eux et parlent de petits airs, de jolis airs, de beaux airs et de gros airs quand soufflent les quatre grands seigneurs : La bise, la Vaudaire, le vent et le Joran