Il y a …

… Quelques mois se déroulait dans le faste et la bonne humeur, la 40ème régate des vieux bateaux.
Il y a 35 ans, les bateaux étaient à peu près les mêmes, les capitaines, plus rarement… C’est encore une fois André Guex qui nous livre sa vision tellement poétique de l’évènement ! 

REGATE DES VIEUX BATEAUX     1980

 Le cercle de la voile de Vevey la Tour était destiné à concevoir le premier  l’idée de convier  une fois l’an, les vieux bateaux de tous tonnages, voilures et formes à s’affronter en temps réel sur son capricieux plan d’eau du Haut Lac. Pour s’inscrire, une seule condition : Disposer d’un certificat de jauge ou de construction antérieures à 1956. Pourquoi cette date ? Parce qu’elle marque le temps où le plastique entreprit méthodiquement d’envahir les eaux douces ou amères. Or qui dit vieux bateau dit marine de bois.

C’est dans ces brises lunatiques que jusqu’ici la marine de bois a connu chance et malchance. Dans ces airs là, les vieux bateaux restent extrêmement dangereux pour leurs cadets, peut-être parce que leurs équipages ont derrière eux un long passé lacustre et l’habitude de ne mettre en route les moteurs qu’à l’heure sans espoir du calme plat.

Ces airs-là ou cette absence d’air ont aiguisé les sens et le don d’observation de ceux qui se souviennent du temps où jetant l’ancre à Evian ou à Thonon une fois la régate finie, ils devaient dans la nuit rejoindre Rolle ou la Tour à voile ou à la rame pour reprendre le travail lundi matin. Quand les faveurs tombaient, mortes, on interrogeait l’air avec l’index mouillé de salive ou la fumée d’une cigarette, sur ce lac immobile et silencieux où seuls les bruits étaient ceux des cloches savoyardes ou celui des trains roulant sur la côte suisse. En 1979, le vainqueur est le 6m50 Fol amour, un Camatte de 1934 qui fut le troisième Cynthia de Maurice Pictet de Rochemont et devint champion suisse en 1977 entre les mains, déjà de Daniel Genton. Fol Amour était suivi par un 8m50 de 1920 Lamayon d’yves Gaussen dont le grand-père gagna le bol d’or il y a quelque 30 ans.

En inventant la régate des vieux bateaux et en l’organisant depuis 1976, Bernard Divorne et ses amis n’ont pas seulement recrée magiquement l’image du temps révolu des des gréements auriques, des flèches, de l’acajou, du coton, ils ont réussi à faire revivre l’esprit qui n’est pas courant aujourd’hui. Ils ont fait fondre dans l’air comme une fumée, l’idée même qu’on puisse ces jours-là hisser un pavillon de comité de course. Bernard Divorne et ses amis ont ainsi ouvert une voie qui  se situe aux antipodes de celles qu’affectionnent les fédérations. C’est un bon vent venu de la Tour. Aussi la distribution des prix fut-elle une fête à laquelle participa la population de la Tour et des voisins qui avaient  chargé la table avec une folle générosité.

Le port de la Tour, personne ne l’oublie, abrite deux des lévriers les plus rapides du lac, l’Albatros et l’Améthiste sur lesquels reposent les espoirs de ceux qui désirent voir battue en brèche la suprématie menaçante des multicoques. Ils seront un jour à leur tout des vieux bateaux. Puissent-ils durer aussi longtemps que ceux que je nomme une fois encore, n’ayant choisi que ceux qui ont 30 ans et plus.

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