Presque 31

Trente et un décembre

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C’était un trente et un décembre. Il s’était réveillé dans les frimas d’une aube de froidure et de relents de fin du monde. Beaucoup de jours l’avaient précédés, plus chauds, plus riants, baignés de lumineuses heures d’un soleil à réchauffer un mois de décembre.

Lui n’avait droit qu’à quelques heures d’un jour aux allures de nuit et dégoulinant d’un froid crachin gelant sur le sol.

De plus, injustice quasi annuelle, il était le dernier de la liste. Pourtant pas pire que les autres, il était toujours en queue du classement, quelqu’un en avait décidé ainsi. On aurait pu l’intercaler entre le mois d’août et l’automne ou au printemps, à l’époque où les oiseaux viennent s’ébrouer dans les rares flaques d’eau pour rafraîchit leur plumes poussiéreuses… Mais non ! On avait cru bon en plus de son rang peu glorieux, de le situer en plein hiver tout recouvert de neige. Il se demanda pourquoi et quelques pensées macabres envahirent son esprit. Quelqu’individu peu recommandable aurait-il voulu le faire mourir de froid ? Qu’avait-il bien pu faire de mal pour subir une telle injustice ?

Alors, après avoir évoqué les affres de son infortune,il décida contre mauvaise fortune, bon cœur, de finir en beauté, ne serait-ce que pour montrer à ses frères avantagés qu’un dernier peut aussi être un joyeux luron et le premier à s’amuser.

Il décida que ce jour serait joyeux comme un quatorze juillet, la neige, la froidure et les nuits hivernales, l’agonie d’une année mourante, rien n’y ferait, il allait s’amuser, rire, chanter et boire jusqu’à la naissance de cet autre jour qui débute un premier janvier.

En voilà un qui avait de la chance ! A deux pas du feu trente et un, il était un autre, on fêtait sa naissance, fabriquant pour lui des agendas tout neufs, d’audacieuses résolutions. Il était le premier d’une très longue liste, le premier d’une longue litanie. Sa naissance si joyeuse correspondait exactement à l’enterrement du trente et un, un enterrement joyeux. Pas un regard en arrière, pas une larme pour un jour décédé un soir de réveillon, non seulement pas une larme mais une injuste joie.

Mais cette joie que les fêtards affichaient n’était en somme qu’apparence, en réalité ils s’ennuyaient, ils s’ennuyaient à tous les réveillons et plus ils s’ennuyaient plus ils buvaient et plus ils paraissaient heureux et joyeux.

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