Revenons une fois encore sur l’utilisation de vieux moteurs, voici une lettre de l’initiateur de cette action :
Notre intention n’est pas de polluer l’Afrique, mais plutôt de contribuer à réduire la pollution de la société de consommation à laquelle nous appartenons vers une société d’utilisation.
La protection de l’environnement s’inscrit en grande partie dans la durée de vie des produits. Si nous utilisons longtemps un moteur 2T, il reste plus utile et on rentabilise au mieux toutes les matières premières qui ont contribués à sa fabrication.
Par contre, si dans la société de consommation nous démolissons nos produits à cause de l’obsolescence provoquée par une loi ou un producteur, nous utilisons encore 2 fois plus d’énergie pour produire de nouveaux produits.
Un moteur 2T utilisé en Suisse pendant longtemps et qui a servi à une ou deux personnes, peut être encore réutilisé en Afrique pour servir utilement 100, 200 voire 300 personnes. L’empreinte écologique d’un suisse sur le lac est beaucoup plus importante que celle de 100, 200 ou même 1000 africains.
Je suis tout à fait d’accord avec vous, que nous ne devons pas polluer l’Afrique avec nos déchets, ni y enterrer ceux-ci. Par contre nous devons éviter de consommer les matières premières des africains pour notre propre confort en créant de nouveaux produits de consommation. Nous ne devons jamais oublier que les matières premières viennent d’Afrique sans que les africains n’en profitent. C’est plus un élan de solidarité de redonner ces moteurs en Afrique que de recycler ceux-ci en matière première.
Notre projet s’inscrit dans le cadre de la protection de l’environnement et obéit au principe de prévention (nous informons les utilisateurs sur les conséquences environnementales des moteurs que nous leurs donnons) et au principe de précaution, (nous les formons à l’utilisation de produits nuisibles). Les moteurs 2T que vous nous donnez seront prêtés notamment dans des villages de la Basse-Guinée où ils serviront à traverser les grandes rivières qui sont impraticables à la pagaie en temps de crues et lors des moussons. Ils permettront aux villageois d’acheminer des denrées de premières nécessités, ou d’emmener des malades et des femmes enceintes aux dispensaires et dans des lieux, autrement inaccessible depuis ces zones isolées.
Finalement vous avez raison, nous ne devons pas polluer l’Afrique. Nous ne devons pas non plus pas leur faire payer notre pollution par le marché du crédit carbone. La Guinée est le plus grand producteur de bauxite qui sert à la production d’aluminium. Sur chaque tonne d’aluminium utilisée ici (AluSuisse ?), on laisse sur place 3 tonnes de déchets lourdement chargés de soude caustique, rendant toute vie impossible dans ces zones polluées par les boues rouges. Je vous laisse le soin de faire le calcul entre la quantité extraite jusqu’à aujourd’hui par les industries (AluSuisse) et la quantité de boues rouges laissées sur place.
Votre moteur 2T contribuera certainement à compenser les dégâts environnementaux causés par les matières premières qui ont contribués à la fabrication celui-ci.
En vous remerciant d’avoir soulevé cette question, nous restons à votre disposition pour toute info complémentaire et vous invitons à consulter les sites de nos deux organisations actives dans le développement durable et la formation.
François Chervaz Coordinateurs projets
ASF – Apprentissages Sans Frontières
2iecologie.ch – 2ie, L'institut international d'écologie industrielle et d'économie verte