Le star n’est pas un bateau de fillettes !


Jardin Roussi









LE VIEUX
On dit de lui qu’il se fait vieux
Que son temps d’homme est révolu
On l’abaisse au rang des aïeux
On veut qu’il soit ce qu’il n’est plus
Il consulte un hebdomadaire
N’y voit que naïades et bellâtres
La nouvelle jeunesse millionnaire
Et des corps nus teintés d’albâtre
Alors il détruit ses miroirs
Allume un feu de ses journaux
Et s’enlise dans le désespoir
Des exclus de l’Eldorado…
L’homme happé par la cinquantaine
Voit ses lectures un peu brouillées
Confond la tune avec le yen
Egare son souffle dans l’escalier
Il vous demande de parler haut
Oublie ce qu’il voulait vous dire
Et vous rabâche ce lombago
Qui la nuit l’empêche de dormir
… Mais qui a placé ce miroir
Aux confins de ses réflexions ?
Ses chairs suivent par le désespoir
Les lois de la gravitation
Cette petite bête qui ronge, qui ronge
Et qu’on a baptisé vieillesse
A tissé sa toile et il songe
A réfuter son droit d’aînesse
C’est ainsi que vous le verrez
Vieux con vieux beau, vieil imbécile
En proie à d’ultimes volontés
Pour éterniser le futile
……………
Si le temps aux plus belles choses
Se plaît tant à faire un affront
S’il s’amuse à faner vos roses
Comme il joue à rider mon front…
C’est là le cours de la nature
Qu’il serait séant d’apprécier
Y découvrant quelqu’ouverture
Au lieu d’à grand force le dénier
L’automne, la pluie, les feuilles rousses
Le chêne aux ramures séculaires
Un vieillard assis sur la mousse
Sont-ce là le brasier de l’enfer ?
Le plumage le plus enchanteur
Parvient-il à dissimuler
Ce qu’au fond contient notre coeur
Et qu’un jour il pourra donner ?
Si, aux petits travaux d’aiguille
Vos yeux sont devenus rétifs
S’ils rechignent, s’embuent et vacillent
Au vu d’éprouvants hiéroglyphes
Et quand du fond de la mémoire
Les mots refusent de remonter
Vous plongeant dans le désespoir
Au mépris de vos volontés…
Ne pensez-vous qu’à l’essentiel
Ces artifices tournent le dos
Et qu’aux années superficielles
Devrait enfin mourir l’ego
Lorsque l’enfant s’ouvre à la vie
L’amour suffit à son bonheur
Il ignore l’argent, les envies
La fortune fleurit dans son coeur
Donnez-lui son premier cadeau
Archétype du prêt-à-jouer
Et le voilà plus fort, plus beau
Prêt à tout pour le conserver
Que dire bientôt de ce battant
Qui lacère de sa réussite
Tous ceux qui troublent ses océans
Et menacent l’or de ses pépites…
Tout ce qui fut possession
Le vase en or, les certitudes
Au grand marché de l’illusion
S’achète au prix de solitude
Et la jeunesse qui vous déserte
Quotidienne froissure de l’orgueil
Vous vous lamentez à sa perte
Les rides creusées en signe de deuil
… On dit de lui qu’il est le vieux
Du plus long des pèlerinages
Mais toutes les richesses dans ses yeux
La beauté du coeur n’a pas d’âge
Ses habits sont un peu trop grands
Ses croyances dès lors inutiles
Regardez-le, c’est un enfant
Il était vieux…vous souvient-il ?

