Les multicoques, ces ancêtres
… J’y pensais en écoutant les spectateurs terriens, jumelles aux yeux, assistant au départ d’une grande régate lémanique où se trouvaient engagés ces empêcheurs de virer en rond nommés tri ou catamarans. J’entendais leurs réflexions dont les plus nombreuses tombées de lèvres dédaigneuses, pouvaient aisément se résumer :
« Ce ne sont pas des bateaux ! Ces araignées n’ont rien à faire sur l’eau, et d’abord elles sont laides ! »
Ces réactions m’ont paru sommaires parce que beaucoup d’années de navigation m’ont appris qu’en matière de voiles et de carènes, les relations entre l’efficacité et la beauté sont subtiles, mobiles et que toujours l’efficacité, à plus ou moins long terme, s’est imposée comme belle. Je me souviens le Mosquito et son maître beau, reculé en arrière du centre, fut jugé laid et voué à sombrer dans les abîmes. Un an plus tard, grâce à la victoire de l’America, labeauté changea de camp.
…Plus grave formule : « Ce ne sont pas des bateaux. ». Elle ne résiste ni au bon sens ni surtout à l’histoire. Les catamarans sophistiqués d’aujourd’hui ont d’enviables lettres de noblesse, étant les descendants légitimes de vrais bateaux qui les premiers vainquirent, en de préhistoriques « Transpac » Il s’agissait du Pacifique, le plus redoutable des océans.
Des siècles avant que Colomb ait rêvé de traverser l’Atlantique, des peuplades venues de la partie orientale du Pacifique, sur des pirogues à balanciers découvrirent et colonisèrent, à plus de 2000 milles de chez eux, les îles de la partie occidentale. La plupart de ces pirogues n’avaient qu’un balancier, c’était des praos, ces vrais bateaux qui ont battu récemment les records de vitesse sur l’eau…
(Tiré du livre d’A. Guex voiles et carènes)
