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Croa croa

Aujourd’hui, trop de vent pour naviguer, pas assez de soleil pour bronzer….

Alors une loucherie sans queue ni tête.

CROA , CROA …

 Haut perché sur la cime d’un juju­bier, le corbeau au plumage de char­bon croasse à bec rabattu.
On peut entendre son refrain rauque et puissant loin alentours : Croa.. croa.. croa ! Exprime t-il dans son langage monocorde et familier, familier car le tutoiement semble être l’usage chez les membres prosé­lytes d’idéologies salvatrices.

Inlassablement, ce passereau à plu­mes noires, un peu comme le ferait l’ambassadeur du ministère de Dieu sur terre et dans son habit noir, harangue la foule de ses frères dissidents leur serinant sempiternellement Croa… croa… croa…croa… croa… croa.
Mais ce cri retentissant aux entrelacs des ramures de jujubiers manque de la résonance si nécessaire à l’es­sor de la famille des élus.
Alors il s’adressera aux corbillats ses enfants dont le plumage juvénile, c’est bien connu, est plus perméable.

Une mouette passe avec un ange à son flanc, rieuse, moqueuse même, la plume provocante luisant aux rayons du soleil de plomb; elle ne croa pas elle, elle emboîte le sillage des galères humaines pour se repaî­tre de leurs déchets fétides.
Pourtant elle reste blanche et le cor­beau noir sur le jujubier perché ne tient pas de fromage en son bec car il ne connaît pas le fromage ni La Fontaine et n’a jamais rencontré de renard si malin fut-il … et toute la futilité du monde m’insupporte.

Croa… croa… croa… croa… hèle le cor­beau qui y croit dur comme fer et qui voudrait tant que tous les corbeaux du monde se donnent la main pour anéantir les mouettes qui ne savent que rire à l’heure où tout est si grave.

Croa… croa… répète inlassablement l’oiseau de couleur qui croit qu’il est un corbeau mais qui n’est en réalité que corneille, bien moins presti­gieuse. Il ne sait pas, le pauvre, qu’il n’existe pas, qu’il n’existe plus mais il croa.

Pendant ce temps là, un peu plus loin, d’autres corbeaux croassent aussi le bec pointé entre celui auquel ils croaent et ceux qui devraient croare comme lui puis affamés, ils piquent une tête en direction du nid de la merlette pour se repaître des oisillons, la merlette assiste impuis­sante au carnage et ne peut pas le croire.

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